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"Dans la langue donc, servilité et pouvoir se confondent inéluctablement. Et si l’on appelle liberté, non seulement la puissance de se soustraire au pouvoir, mais aussi et surtout celle de ne soumettre personne, il ne peut donc y avoir de liberté que hors du langage. Malheureusement, le langage humain est sans extérieur, c’est un huis clos. On ne peut en sortir qu’au prix de l’impossible. Par exemple, par la singularité mystique telle que l’a décrit Kierkegaard, lorsqu’il définit le sacrifice d’Abraham comme un acte inouï, vide de toute parole, même intérieure, dressé contre la généralité, la grégarité, la moralité du langage. Ou encore par l’amen nietzschéen qui est comme un secousse jubilatoire donnée à la servilité de la langue, à ce que Deleuze appelle « son manteau réactif ». Mais à nous, qui ne sommes ni des chevaliers de la foi ni des surhommes, il ne reste, si je puis dire, qu’à tricher avec la langue, qu’à tricher la langue. Cette tricherie salutaire, cette esquive, ce leurre magnifique qui permet d’entendre la langue hors pouvoir, dans la splendeur d’une révolution permanente du langage, je l’appelle, pour ma part, littérature."

— Roland Barthes, “Comment vivre ensemble”, cours au Collège de France, leçon inaugurale (7 janvier 1977).

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“Livre, je ne te lirai pas.”

Suis pour le moins étonné que le compte tumblr ne se soit pas auto-fermé, découragé de mon nonpareil manque d’assiduité à jeter (où, au fait?) quelques lignes par-ci par-là (au oui, là!)

Pas ‘rââove.

Je viens de terminer un rude essai d’Agamben sur le pouvoir souverain. Sans entrer dans les détails, il remplace, à la base la plus fondamentale de toute politique (mettons au lieu de l’articulation nature / culture ou quelque part dans ce coin-là), ce qu’on a eu coutume de voir comme un “contrat”, par une relation d’abandon. La relation d’abandon est quelque chose de pas mal plus ambigu qu’il n’y paraît, puisque, pour faire bref, elle sauvegarde la relation, le “rapport” entre l’abandonneur et l’abandonné dans le mouvement même en quoi consiste la rupture de ce même lien ou rapport. Bon, il y a aussi les 300 autres pages sur 302 qui sont très intéressantes, mais je m’arrête ici. 

En clair, l’abandon conserve le rapport ou le lien (le droit, disons) dans la forme de sa suspension. Ce qui est intéressant - c’est pas moi qui le dit, c’est Agamben - c’est, entre autres choses, la topologie que le “ban” crée, comme une sorte de zone d’attente où ce qui est inclus l’est par son exclusion et rien d’autre. L’homme qui s’y tient - ou plutôt qui y est tenu, ou “dé-posé” - n’est pas hors de la loi, il est “abandonné” par elle, placé au seuil même où la vie et le droit se touchent, se confondent. La loi dans sa suspension, l’exclusion inclusive (l’exception, donc) est une forme-limite de la relation, c’est quelque chose comme une pure forme de loi, sans aucun contenu. 

En me demandant quoi lire, j’ai refait un petit tour rapide des mes bibliothèques. J’ai sept ou huit livres comme ça, abandonnés. Pas jetés, pas donnés, pas détruits. Juste là. En attente. Je ne les lirai jamais. Ce par quoi, eux et moi, on est liés, ce par quoi ils se lient aux autres livres, lus ou à lire, de la bibliothèque, c’est cette suspension de la loi, d’une loi qui serait celle, admettons, de la lecture. (Je n’ai pas dit littérature.)

Avant de faire fonctionner, de mettre en marche les mécanismes de la loi/lecture dans les livres qu’il lit (et là seulement commence, peut-être, le “contrat”), le lecteur, un peu despote, affirme sa puissance, d’abord et avant tout, non pas avec les livres qu’il ne peut pas lire - il y en a trop - mais bien avec ceux qu’il décide, par choix et consciemment, de ne pas lire.

S’il ne faut pas dire “Fontaine, je ne boirai pas de ton eau”, on peut dire “La Fontaine, je ne lirai pas de tes fables” on peut bien dire “Livre, je ne te lirai pas.” 

Mais c’est pas une bonne chose pour autant…

Je suis trop gentil pour être despote. Je retourne lire. 

Ah oui! —> Giorgio Agamben, Homo sacer. Le pouvoir souverain et la vie nue, Paris, Seuil, coll. L’ordre philosophique, 1997.  

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thedailywhat:

After Hours: Dubstep lipdub.

[thanks victor!]

Tags: douxjesus
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"La littérature tient par la tenue, elle est tenue, elle ne se tient pas à rien, elle se tient à la bonne tenue qu’elle a tout à coup, la littérature tient le coup. Dans la trituration de les ses mouvements illisibles par les ses propres carrés soutenus forme s’assoit en tenant pour tenir à ses propres tiraillements."

— Christophe Tarkos, Pan, Paris, P.O.L., 2000, p. 30.

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“Ne pas gaspiller notre force d’avoir faim.”

Tiens, en relisant la préface du Théâtre et son double d’Artaud, je suis tombé là-dessus. Comme quoi l’impasse qui me semble caractériser le débat entre les tenants d’une culture qui a connu des jours meilleurs en arrache, et d’insaisissables forces de droite Krista Erickson et al. ne date pas d’hier.

Avant d’en revenir à la culture je considère que le monde a faim, et qu’il ne se soucie pas de la culture; et que c’est artificiellement que l’on veut ramener vers la culture des pensées qui ne sont tournées que vers la faim.
Le plus urgent ne me paraît pas tant de défendre une culture dont l’existence n’a jamais sauvé un homme du souci de mieux vivre et d’avoir faim, que d’extraire de ce qu’on appelle la culture, des idées dont la force vivante est identique à celle de la faim.
Nous avons surtout besoin de vivre et de croire à ce qui nous fait vivre et que quelque chose nous fait vivre, - et ce qui sort du dedans mystérieux de nous-même, ne doit pas perpétuellement revenir sur nous-même dans un souci grossièrement digestif.
Je veux dire que s’il nous importe à tous de manger tout de suite, il nous importe encore plus de ne pas gaspiller dans l’unique souci de manger tout de suite notre simple force d’avoir faim.

[Antonin Artaud, Le théâtre et son double, Paris, Gallimard, coll.: Folio essais, 1964, p. 11-12. (Nous soulignons.)]

Qu’on me ramène pas, de grâce, à grands coups de mise à jour de livret de caisse, l’histoire de l’artiste qui a froid dans son demi sous-sol parce que l’art ne rapporte pas assez. C’est pas ça le point.

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J’ai trouvé la voie du bonheur. Par contre, je l’ai laissé joué en même temps que l’intervention d’Annie-Soleil Proteau il y a quelques minutes, et ça nous a fait une sorte d’écho, puis comme un insupportable feedback aigu, je sais pas pourquoi…

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Orangeade auctoriale et autres douceurs

Ai troqué les matins silencieux du bord de lac pour ma fenêtre de chambre qui donne sur (ou plutôt reçoit) le bruit de Papineau. Si tous les camions-citernes qui y ont roulé depuis 4h00 ce matin pouvaient s’arrêter chez moi, je crois que je pourrais passer mon tour pour le remplissage de ma “tank” de propane. Je pourrais ainsi devenir le roi incontesté du barbecue (i.e.: apprendre enfin à déceler le degré de cuisson de mon steak) grâce aux bons conseils de Steven Raichlen qui a toute ma confiance. Il a des petites lunettes bizarres, un drôle d’accent et a étudié en littérature française : il a du vouloir compenser son déficit de manhood en jouant avec du propane, et dans la force de son désespoir, il doit bien faire les choses.

Mais ce n’est pas lui mon author crush, non non non. Non plus Nietzsche, Artaud et Derrida avec qui j’ai passé la semaine dernière. Non plus Paul Auster de qui j’ai lu la Trilogie new-yorkaise dans les mêmes jours plus ou moins. Je ne saurais pas dire pourquoi d’ailleurs. C’est bon, là. Je veux pas dire le contraire. Mais je crois que j’ai décroché quand le personnage ramasse, chez la plantureuse femme (veuve ?) d’un vieux copain disparu (tsé, la figure de l’auteur, mise en abyme pis toute) une quantité folle de manuscrits et dit quelque chose comme, je cite de mémoire : “Les deux valises avaient le poids d’un homme.” Ou à cet endroit où le bébé lui pisse dessus dans l’avion et où un autre personnage - ou le même, on sait jamais trop, avec lui -  dit pour clore un chapitre dans une grande envolée de plaisir esthétique (de mémoire, toujours) : “Pour la première fois, il m’a appelé papa.” Misère. Mais je sais, je sais, y a plus, infiniment plus.

Au moment où mes amis locataires de chalet m’avaient presque transmis leur funny funny fun fun trip littéraire du moment (Dumas, le papa de l’autre) et/ou m’avaient limite fait sentir coupable de ne jamais avoir ouvert Le comte de Monte Cristo, Les Trois Mousquetaires et leurs tout aussi interminables suites, j’ai acheté pour aucune raison une vieille édition atrocement laide de Grandes espérances de Dickens. J’en suis à la page 111, mais à date : un 6$ foutrement bien investi. C’est comme entrer dans un Canadian Tire : j’aurais jamais cru avoir autant d’amour et de douce naïveté en moi (sauf genre pour des voitures, Desperate Housewives ou des photos de chats). Je veux faire une accolade virile à Joe Gargery le forgeron au coeur tendre, cuisiner des patés de porc avec Mrs Joe la grande soeur pas toujours agréable, et promener la vieille dame bizarre avec Pip en jetant des regards de jugement à la petite crisse qui le fait pleurer en lui disant qu’il a des mains d’ouvriers et des souliers épais. Le tout en gambadant et en sifflant un air rigolo (non, je ne me pratique pas pour tourner dans une pub de Cialis). 

Ne vous demandez pas à quoi je vais occuper mon dimanche. 

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[…] sauf une fois au chalet !

Lundi matin pluvieux, en d’wors de le grand’ ville.

Semaine de rédaction intensive - on le souhaite - qui s’amorce, devant les vaguelettes agitées du chic lac Connelly.

Travaillez bien !

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http://nouveauprojet.ca/

15$, c’est à peu près le prix de 2 drinks, non? Si tu donnes 15$, tu as une invitation au party de lancement. Lancement = petits coupons de consommations, non? Tu rentres vite dans ton argent, n’est-ce pas?

Même Nathalie Elgrably-Lévy ne résisterait pas à mon argumentaire, et sortirait fièrement son petit 15.

Je laisse à leur site le soin de finir de vous convaincre.

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Julia Kristeva’s rap. Bon. OK.

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“Mourrialle” mon amour.

Une fille avec une seule béquille qui a le sourire d’une fille contente de n’avoir (plus?) qu’une seule béquille. Une femme d’affaire en break avec un cornet de crème à glace entre deux doigts, son Blackberry entre deux autres. Ne pas tacher le tailleur. Un fashion-victime-photographe-amateur - il a trop l’air pro pour être un vrai pro - qui sue dans son jacket noir juste un peu trop cintré mais aux épaules qui pochent. Une paire de souliers bleu “flash” sous un t-shirt délavé de David Bowie. Deux fausses blondes attablées - “Tout va bien ici, Pascale?” - en silence et des dizaines de textos qui s’écrivent.

Une quinquagénaire grisonnante qui fume Gauloise par-dessus Gauloise, lève les yeux du roman qu’elle lit et jette un regard vide sur l’avenue, sonde la faune du coin de rue. Se commande une autre bière.

Mardi après-midi au soleil, pinte de cream ale presque vide, une page de Minima Moralia pliée - “La productivité artistique est la faculté d’introduire l’arbitraire dans le non-arbitraire” qu’il dit - et, pour une fois, quelque chose comme ne pas vouloir être ailleurs.

“L’art est la magie délivrée du mensonge d’être vraie.”

Le mensonge d’être vrai.

Une autre bière.

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"Parfois la note est un peu plus grave, ou plus prolongée. Il y a probablement différentes sortes de bêtes. Cependant tous ces cris se ressemblent ; non qu’ils aient un caractère commun facile à préciser, il s’agirait plutôt d’un commun manque de caractère : ils n’ont pas l’air d’être des cris effarouchés, ou de douleur, ou menaçants, ou bien d’amour. Ce sont comme des cris machinaux, poussés sans raison décelable, n’exprimant rien, ne signalant que l’existence, la position et les déplacements respectifs de chaque animal, dont ils jalonnent le trajet dans la nuit."

— Alain Robbe-Grillet, La Jalousie, Paris, Minuit, 1957, p. 31.

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Brillant!

Brillant!

(Source : deadlycamille)

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C’est nous !

Tags: sport frisbee
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COALTAR, subst. masc.

Goudron minéral extrait de la houille utilisé pour prévenir la pourriture des bois (bois injecté de coaltar, peinture au coaltar) et en thérapeutique comme puissant désinfectant (émulsion, poudre de coaltar; poudre au coaltar) :

* Je sens l’odeur de la caserne. Mon nez me dénonce le mélange nauséeux de la sueur, du cuir et du coaltar
ROMAINS, Les Copains, 1913, p. 179.

Source: TLFi —> http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=2373066210;

Ce matin, misère, incapable de mettre en ordre mes idées pour le - wouhou - dernier chapitre du mémoire qui s’étire.

Des fois, dans ma tête, entre le souvenir furtif d’une douce anecdote de la vie amoureuse d’un Mozart lubrique racontée par Edgar Fruitier le samedi matin et des envies de pêche sur la glace et de grosse 50, ça dit: “Maudit coltard.”